Institutionen för moderna språk

Appel à contributions

Appel à communication
Colloque international : La reformulation : à la recherche d’une frontière

8-9 juin 2017
Université d’Uppsala, Suède

Argumentaire

Que pourrait englober la notion de reformulation ? Reformuler est, selon les dictionnaires, « formuler à nouveau, généralement de façon plus claire » (Le Petit Robert, 2014). Définie ainsi, la reformulation se présente comme un domaine aux contours flous auquel appartient tout un ensemble de phénomènes langagiers et de figures de style.

Quant aux définitions que proposent les linguistes, elles font ressortir des différences considérables qui appellent une mise au point de certains concepts et notions liés à la reformulation. Selon ces définitions, le champ de la reformulation se voit se rétrécir, ou, au contraire, s’élargir. Alors que certains linguistes définissent la reformulation comme le retour sur un segment afin d’en modifier l’un des aspects syntaxiques ou sémantiques et restreignent ainsi le champ de ce procédé langagier à ce qu’on appelle la « reformulation paraphrastique » ; Steuckardt, entre autres chercheurs, étend le domaine que couvre la reformulation, dont l’invariant devient « l’état de chose visé » (2007 : 56). D’ailleurs Steuckardt propose expressément « de ne pas restreindre la notion de reformulation aux séquences où se succèdent deux segments co-orientés, et de définir simplement la reformulation comme la succession en discours de deux segments qui visent le même état de chose » (2007 : 59). Vion (1992, 2000 : 219), lui, définit la reformulation comme une « reprise avec modification de propos antérieurement tenus » et pour Rabatel (2007 : 87), ce qui caractérise principalement la reformulation est qu’elle a pour fonction de « construire le sens des énoncés ».

Le constat majeur que font ressortir ces définitions est que la reformulation a des frontières floues. Quel serait le seuil de distorsion (expression de Fuchs (1983)), la limite qu’en dépassant, l’acte langagier en question n’est plus une reformulation ?

Dans une récente étude, Kanaan (2011 : 102) définit la reformulation comme une activité qui couvre « une multitude d’actions disponibles dans et par le discours comme expliquer, paraphraser, exemplifier, nommer, définir, résumer, récapituler, ajuster ou corriger, toutes ces actions étant opérées sur une première formulation et portant sur le même état de choses ».

Une telle conception de la reformulation engloberait la quasi-totalité des phénomènes langagiers : de la paraphrase jusqu’à la réinterprétation en passant par la nomination, la définition, l’exemplification, la généralisation et la correction. L’insertion de ces opérations, nombreuses et de natures diverses, ne remet-elle pas en question la pertinence même de la catégorisation des actes de reformulation ?

La diversité des définitions proposées et la divergence de la nature et du nombre d’opérations que la reformulation recouvre nous a conduites à proposer un retour sur le procédé discursif de de la reformulation ; un retour qui permettrait de distinguer cet acte langagier des opérations voisines, lesquelles sont souvent considérées comme lui appartenant. Ce colloque propose donc d’appréhender la problématique des fonctions, du champ et des limites de la reformulation et de déclencher les débats et les réflexions sur ces relations qui se nouent, se défont ou se renforcent entre la reformulation et les procédés qui lui sont parents.

Faire le point sur ces questions nécessite une identification des phénomènes de la reformulation, de ses marqueurs, de ses fonctions et des indices qui permettent de la déceler dans différents genres discursifs. Quatre axes – non-exhaustifs – sont proposés à la réflexion :

1. La reformulation : configurations syntaxiques et caractéristiques sémantiques :

  • Sous quelle forme(s) syntaxique(s) la reformulation se manifeste-t-elle ? L’identification des segments reformulé et reformulant est souvent réglée par un travail ad hoc sur le contexte. Il convient donc de porter l’attention sur ces problèmes d’identification des segments de la reformulation.
  • La mise en débat de la définition même de la reformulation trouve sa place dans ce colloque. Les études sur la description formelle de la reformulation, que ce soit à l’oral ou à l’écrit, et donc sur ses caractéristiques morphologiques et phonologiques ou syntaxiques seront les bienvenues.
  • La catégorisation des phénomènes de la reformulation : Se pose en effet la question de voir si les recherches actuelles renouvellent et se différencient des conceptions que les travaux pionniers ont accordées à la reformulation, ou, à l’inverse, si elles les prolongent. Une reformulation pose-t-elle inévitablement une relation d’équivalence ? Et, si la réponse est positive, quelle est la nature de cette équivalence ? La dichotomie paraphrastique/non paraphrastique est-elle toujours d’actualité ?

2. La reformulation : caractéristiques pragmatiques et valeurs argumentatives

Il serait utile de rendre compte des objectifs pragmatiques et des valeurs argumentatives de la reformulation. Les débats pourraient s’intéresser à ces questions, entre autres :

  • La reformulation a été souvent étudiée en tant que stratégie inter-communicationnelle qui se manifeste, idéalement, dans les conversations orales (Gülich et Kotschi (1987), Norén (1999), Kanaan (2011), etc.). Un retour sur le caractère essentiellement interactif de cette stratégie communicationnelle s’impose et une mise au point de sa fonction interactionnelle est d’actualité. Pour les linguistes, la reformulation relève tantôt d’une stratégie de clarification (Brunetière, 2009), tantôt d’une stratégie argumentative (Romero, 2009). La reformulation est-elle une explicitation, une explication, une rectification, une interprétation ou une réinterprétation ? L’intégration de la réinterprétation comme valeur possiblement véhiculée par la reformulation ne faisant pas l’unanimité, le retour sur la question s’imposerait. Il s’agirait donc de compléter, d’affiner ou de questionner les études antérieures sur les rôles pragmatiques et argumentatives que jouent les segments de la reformulation dans les séquences discursives.
  • Reformuler sa propre parole n’est par reformuler celle des autres. Quels sont les enjeux pragmatiques et argumentatifs que chaque pratique entraîne-t-elle ? On pensera concrètement aux équations auto-reformulation = clarification et hétéro-reformulation = légitimation et/ou (ré)interprétation.
  • De même, les objectifs de la reformulation à l’oral se diffèrent de ceux dans un texte écrit. Il serait intéressant d’examiner et d’interpréter les valeurs que ces divergences imposent.
  • Le colloque s’arrêtera également sur les fonctions des segments de la reformulation dans l’organisation textuelle (par ex. les fonctions introductive et conclusive). Cette perspective soulève également la question de la valeur argumentative de la répartition des segments de la reformulation au sein des séquences et des textes.  
  • Étant un retour sur un déjà-dit, la reformulation est fort présente dans les discours didactiques et pédagogiques. Le colloque essaiera de jeter quelques lumières sur la reformulation dans l’enseignement (fonctions et enjeux) et sur son rôle dans le processus d’acquisition soit de la langue maternelle (voir à ce propos Martinot, 2009), soit d’une langue étrangère (Gerolimich, 2009).

3. Marqueurs de reformulation

Parmi les questions que le colloque tentera de soulever :

  • Peut-on parler de marqueurs de reformulation ? Est-il possible de délimiter une classe aux frontières strictes pour ces marqueurs ? Quelles sont dans ce cas les caractéristiques qui les différencient d’autres classes de marqueurs, et en particulier de celle des organisateurs textuels et de celles de marqueurs de glose et d’exemplification ?
  • La présence de l’un de ces marqueurs est-elle obligatoire pour l’introduction d’une reformulation, ou d’une sous-catégorie de reformulation ? Nous savons que certains linguistes (Pennec, 2006), à la suite de Rossari (1993), font de la présence, obligatoire, d’un connecteur, un critère de distinction qui diffère la reformulation paraphrastique de la non paraphrastique.
  • On pourra également s’interroger sur les marqueurs traditionnellement considérés comme introduisant une reformulation, sur leurs propriétés sémantico-pragmatiques et sur les stratégies discursives qui leur sont associées.
  • Le colloque tâchera de revenir sur la relation que nouent certains marqueurs et connecteurs avec la reformulation. Quelle(s) fonction(s) ces marqueurs occupent-ils au niveau pragmatique et quelle est leur influence sur la structuration du discours ? Steuckardt montre dans l’une de ses études (2009 : 170) que certains marqueurs dits de reformulation, à savoir c’est-à-dire et autrement dit sont « des outils polémiques redoutables » puisqu’ils introduisent de fausses paraphrases. Il serait dans ce cas important de s’intéresser aux valeurs argumentatives que l’insertion d’un certain marqueur implique.

4. En-deçà et au-delà de la reformulation :

Lors de ce colloque, on reviendra également sur la reformulation pour en proposer une définition aussi large qu’elle englobe tous ses aspects, sans pour autant perdre de vue ce qui en constitue l’essence.

La question cruciale à débattre est la suivante : Y a-t-il des critères, formels, sémantiques ou pragmatiques, permettant de distinguer la reformulation de l’exemplification, de la glose, de la réinterprétation, … ? Une délimitation du champ de la reformulation permettrait d’éviter de rassembler dans le même panier non seulement tous les procédés apparentés à la reformulation, mais aussi tout ce qui est exclu de ces procédés parents, ne rencontrant pas les critères habituels qui définissent ces derniers. 

On remarque finalement que les axes proposés ne prétendent pas à l’exhaustivité, et que toute étude s’intéressant à la reformulation, au sens large du terme, sera la bienvenue.

Il est à souligner que ce colloque vise à prendre une certaine distance par rapport aux nombreuses études et recherches qui se sont intéressées à la reformulation et à ses différents phénomènes, et ce par l’apport de nouveaux outils de description et par la diversification des corpus et des sujets étudiés.